Les révélations visant Uber Eats et Deliveroo ne doivent pas seulement interroger les plateformes numériques. Elles doivent aussi nous interroger collectivement, en tant que consommateurs.
Car derrière la promesse d’un repas livré en quelques minutes, à moindre coût, se cache une réalité sociale de plus en plus difficile à ignorer : celle d’un modèle économique construit sur une pression permanente exercée sur les travailleurs.
Depuis des années, notre société s’est habituée à consommer toujours plus vite, toujours moins cher. Nous savons pourtant déjà ce que cela produit à l’autre bout du monde : ateliers clandestins, cadences infernales, sous-traitance opaque, exploitation d’une main-d’œuvre vulnérable pour fabriquer des vêtements, des objets électroniques ou des produits du quotidien à prix cassés.
Aujourd’hui, ce modèle ne se limite plus à des usines lointaines. Il est désormais visible dans nos propres rues.
Selon l’étude, les livreurs travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour environ 1 480 euros bruts mensuels. Beaucoup parcourent plusieurs centaines de kilomètres chaque mois pour des rémunérations extrêmement faibles, parfois quelques euros par course seulement.
L’enquête révèle également une réalité sociale particulièrement préoccupante :
- 98 % des livreurs interrogés sont nés à l’étranger ;
- 64 % sont sans titre de séjour ;
- une grande partie loue des comptes de livraison afin de pouvoir travailler.
Ce système de sous-location de comptes, déjà dénoncé depuis plusieurs années, favorise une précarité extrême et prive de nombreux travailleurs de toute protection sociale réelle.