Plan Lecornu :

derrière les annonces, les questions de l’égalité de traitement et la pertinences des aides aux taxis restent entière

22 mai 2026

Jeudi 21 mai 2026, le gouvernement a annoncé 710 millions d’euros d’aides face à la hausse des prix du carburant. Pendant que plusieurs secteurs bénéficient de compensations immédiates  pêche, transport routier, BTP ou encore aides à domicile, les taxis devront principalement compter sur une aide de 5 500 euros pour l’achat d’un véhicule électrique à partir du 1er octobre, ainsi qu’une avance de remboursement de TICPE.

 

Pour la CFTC Taxis, ces annonces soulèvent une question de fond : celle de l’égalité de traitement entre professions confrontées aux mêmes hausses de coûts d’exploitation.

Une aide à l’électrique insuffisante face à la réalité économique

Le gouvernement a confirmé la mise en place d’une aide de 5.500 euros pour l’acquisition d’un véhicule électrique destiné à l’activité taxi.

Mais pour la profession, cette mesure ne répond que partiellement aux difficultés actuelles.

D’abord parce qu’un véhicule électrique compatible avec l’activité taxi représente aujourd’hui un investissement compris entre 40 000 et 55 000 euros selon les modèles. Dans ces conditions, l’aide annoncée ne couvre qu’une part limitée du coût réel du passage à l’électrique.

Ensuite parce qu’une partie importante des chauffeurs n’a pas encore amorti son véhicule actuel. Un taxi renouvelle généralement son véhicule sur des cycles d’investissement compris entre cinq et sept ans. Beaucoup ont déjà investi récemment dans des véhicules hybrides ou thermiques.

 

Pour la profession, le problème n’est donc pas seulement le montant de l’aide, mais la capacité réelle des chauffeurs à financer un nouvel investissement avant même d’avoir terminé de rembourser le précédent.

Une transition écologique déjà engagée par les taxis... Dans les grandes villes !

Notre organisation ne remet pas en cause la nécessité de la transition écologique. Dans plusieurs grandes villes, cette évolution est déjà engagée depuis plus d’une décennie.

Paris, Lyon, Marseille ou Nice comptent déjà une part importante de taxis  électriques. De nombreux chauffeurs ont commencé cette transition bien avant les annonces gouvernementales actuelles.

Pour la CFTC Taxis, le débat ne porte donc pas sur le principe du passage à l’électrique, mais sur les conditions concrètes permettant de le rendre économiquement et territorialement viable.

Des territoires encore mal équipés pour le tout électrique

La situation reste cependant très différente en dehors des grandes métropoles.

Dans de nombreuses régions, les infrastructures de recharge demeurent insuffisantes pour permettre une activité taxi entièrement électrique dans des conditions compatibles avec les contraintes du métier.

Cette difficulté concerne particulièrement :

  • les longues distances ;
  • les dessertes rurales ;
  • les trajets gares et aéroports ;
  • ou encore le transport de malades assis vers des centres hospitaliers parfois très éloignés.

Dans certains territoires, l’absence de bornes rapides, les temps de recharge et les contraintes d’autonomie restent difficilement compatibles avec une activité continue sur de longues amplitudes horaires.

Pour les taxis concernés, le sujet ne se résume donc pas à l’achat d’un véhicule : il concerne aussi la capacité à maintenir un service quotidien sans interruption d’activité ni perte de rentabilité.

L’avance de TICPE : un soutien de trésorerie plus qu’une aide durable

Le gouvernement met également en avant l’avance de remboursement de TICPE accordée aux taxis afin de soutenir immédiatement leur trésorerie.

Mais cette mesure interroge les chauffeurs : peut-on réellement parler d’aide durable lorsqu’il s’agit principalement d’anticiper un remboursement déjà prévu ?

En pratique, les taxis bénéficient déjà d’un remboursement partiel de TICPE. L’annonce consiste essentiellement à avancer une partie de cette somme afin de soulager temporairement les tensions de trésorerie.

Pour la CFTC Taxis, cette logique ne constitue pas une compensation comparable aux aides directes accordées à d’autres secteurs sous forme de centimes par litre ou de dispositifs forfaitaires reconduits dans le temps.

Dans une crise appelée à durer, les charges resteront élevées alors qu’une partie du remboursement futur aura déjà été consommée par anticipation.

Une pression économique permanente

Sur le terrain, de nombreux chauffeurs décrivent une situation économique devenue particulièrement difficile dans un contexte marqué à la fois par la crise géopolitique actuelle, la hausse durable des coûts d’exploitation et une concurrence profondément déséquilibrée.

Certains travaillent désormais 10 à 12 heures par jour simplement pour conserver un niveau de revenu comparable à celui d’il y a dix ans, hors inflation.

À la flambée du carburant, aux charges croissantes et au ralentissement de l’activité s’ajoute une transformation profonde du marché du transport de personnes au profit des plateformes VTC, on ne peut plus déloyalement !

Les données ci-dessous publiées par l’ARPE illustrent l’ampleur prise par les plateformes VTC au cours des dernières années :

 

AUTORITÉ DES RELATIONS
SOCIALES DES PLATEFORMES D'EMPLOI
NOTE D'ANALYSE
JANVIER 2026

Le marché du transport de personnes par plateformes en France

En 2025, le marché français du transport de personnes par plateformes reste fortement concentré. Les données communiquées à l'ARPE par les principales plateformes permettent d'estimer les parts de marché en volume de courses réalisées.

PARTS DE MARCHÉ EN NOMBRE DE COURSES RÉALISÉES EN 2025

Uber 70 % Bolt 12 % Heetch 9 % G7 (Taxis) 9 %* (entre 7 et 9 %)
  • Uber

    Acteur historique, Uber concentre près de 7 courses sur 10 réalisées en France en 2025.

  • Bolt

    Deuxième plateforme du marché, Bolt représente 12 % des courses réalisées en 2025.

  • Heetch

    Heetch atteint une part de marché d'environ 9 % en 2025.

  • G7 (Taxis)

    Acteur historique du secteur du taxi en France, G7 n'opère que dans le service de taxi et représente entre 7 et 9 % du marché global du transport de personnes.

Ces parts de marché sont estimées à partir des données de courses communiquées par les plateformes à l'ARPE en application de l'article L. 7342-11 du code du travail. Les données relatives au secteur du taxi proviennent de l'enquête annuelle menée par l'ARPE auprès des centrales de réservation de taxis en application de l'article L. 3121-16 du code des transports.

* Estimation située entre 7 et 9 %.

Pour la profession taxi, cette évolution n’est pas uniquement le résultat d’une transformation des usages numériques. Elle s’explique aussi par l’absence d’application effective de plusieurs règles pourtant prévues par la loi, notamment celles encadrant la maraude électronique et l’obligation théorique de retour au garage entre deux courses pour les VTC.

Dans les faits, les plateformes permettent aujourd’hui aux usagers d’accéder en temps réel à des véhicules immédiatement disponibles autour d’eux, créant selon les taxis une forme de concurrence permanente qui s’est progressivement installée sans contrôle suffisant.

Pour la CFTC Taxis, la situation actuelle combine donc deux phénomènes qui fragilisent durablement la profession : d’un côté une crise économique et géopolitique qui fait exploser les coûts d’exploitation, de l’autre une dérégulation progressive du marché ayant permis aux plateformes VTC de capter une part croissante de l’activité

Plateformes VTC : Appel à un geste pour les chauffeurs, mais aucun rappel à la concurrence loyale :

Le ministre des Transports a indiqué avoir « invité les plateformes à faire un geste » envers les chauffeurs VTC face à la hausse des coûts d’exploitation.

Pour le taxi, le sujet principal se situe toutefois ailleurs : celui de l’application effective des règles encadrant l’activité des plateformes et des VTC.

Depuis plusieurs années, la profession alerte sur les conséquences économiques de la maraude électronique et sur le développement d’un modèle fondé sur la géolocalisation permanente de véhicules immédiatement disponibles autour des usagers.

Les plateformes jouent un rôle central dans ce fonctionnement en distribuant en temps réel des commandes à des chauffeurs VTC présents sur la voie publique, créant de fait une disponibilité immédiate des véhicules caractérisant la maraude électronique.

Pour la profession, cette évolution a profondément déséquilibré les conditions historiques de concurrence entre taxis et VTC, dans un contexte où plusieurs dispositions prévues par le Code des transports, notamment celles relatives à la maraude électronique et au retour au garage entre deux courses, restent appliquées.

 

Les données publiées par l’ARPE illustrent l’ampleur prise par ce modèle : en 2025, Uber représente à lui seul près de 70 % des courses réalisées via plateformes en France, exploit impossible à réaliser en aussi peu de temps sans contournement des lois.

Dans ce contexte, les représentants des taxis estiment qu’une mesure immédiate pour rééquilibrer le secteur existe déjà : faire appliquer les règles votées par le Parlement et renforcer les contrôles sur les pratiques des plateformes

Une demande de cohérence plus qu’un régime d’exception

La CFTC Taxis affirme ne pas demander un traitement particulier.

Notre organisation demande principalement :

  • une prise en compte des coûts réels d’exploitation ;
  • une compensation adaptée à la durée probable de la crise énergétique ;
  • une transition écologique tenant compte des réalités territoriales ;
  • des infrastructures compatibles avec les contraintes du métier ;
  • et une régulation effective des conditions de concurrence entre taxis et plateformes VTC.

Pour la profession, l’enjeu dépasse désormais la seule question des aides ponctuelles. Il concerne plus largement la capacité à maintenir un modèle économique viable pour une activité qui continue d’assurer une part essentielle du transport quotidien, sanitaire et de proximité sur l’ensemble du territoire.

CFTC Taxi

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