La CFTC Taxis rappelle une position claire, issue du communiqué intersyndical : la profession taxi est unie et unanime.
Le rapprochement entre Uber et Hysetco n’engage en rien les près de 65 000 taxis de France.
Il ne saurait être présenté comme une adhésion de la profession taxi à un modèle qu’elle combat depuis des années. Derrière cette opération, les organisations syndicales alertent sur une stratégie connue : entretenir la confusion entre un modèle taxi réglementé, fondé sur le taximètre, la transparence tarifaire et des obligations strictement contrôlées, et un modèle de plateforme dont les effets sont largement contestés, fondé sur des prix artificiellement bas, rendus possibles par des mécanismes de subvention, avec pour objectif de capter le marché avant d’en redéfinir les conditions.
Le communiqué intersyndical le rappelle clairement : fusionner ou banaliser taxi et VTC dans une même offre de plateforme, c’est affaiblir les garanties qui protègent à la fois les usagers et les professionnels.
Le taxi n’est pas un simple produit d’appel numérique. C’est un service réglementé, encadré, contrôlé, qui repose sur un équilibre entre le passager, le chauffeur et l’intérêt général.
Un modèle (lune de miel!) qui interroge au-delà de l’effet d’annonce
Uber présente son investissement dans Hysetco comme une avancée industrielle et environnementale dans une entreprise française. L’opération prévoit notamment un investissement via prêt convertible et l’intégration progressive de taxis hydrogène dans l’offre Uber, avec un objectif annoncé de près de 2 000 véhicules à horizon cinq ans.
Mais derrière l’effet d’annonce, la question centrale reste celle de la viabilité du modèle.
Un modèle économique qui ne tient que par des incitations massives (incentives), des soutiens tarifaires ou des mécanismes de subvention ne peut pas être présenté comme un équilibre durable. Il peut créer une attractivité temporaire, mais il installe aussi une dépendance progressive : dépendance à la plateforme, dépendance aux volumes imposés, dépendance aux conditions fixées demain par l’acteur qui contrôle la demande.
Les taxis connaissent cette mécanique : attirer, rendre dépendant, puis imposer progressivement ses conditions.
Hysetco et l’hydrogène : entre effet d’annonce et réalité économique
L’investissement dans Hysetco est présenté comme un symbole fort : celui d’une mobilité innovante, décarbonée et tournée vers l’avenir.
Mais au-delà de l’effet d’annonce, la réalité du terrain est plus contrastée.
Les signaux convergent :
- des industriels qui ralentissent ou revoient leurs engagements
- un désengagement progressif de certains investisseurs
- des infrastructures encore très insuffisantes
- un stock de véhicules, notamment issus des JOP, qui peine à trouver preneur
Post LinkedIn de Laureline Serieys : Uber investit dans Hysetco pour rapprocher taxis et VTC et accélérer la mobilité hydrogène
À cela s’ajoute une question économique centrale : celle du coût d’exploitation.
Aujourd’hui, certaines configurations hydrogène atteignent des coûts autour de 18 € / 100 km.
À titre de comparaison :
- un véhicule électrique se situe entre 2 et 6 € / 100 km en usage courant
- même en recharge rapide, il reste autour de 8 à 12 € / 100 km
- un véhicule thermique se situe entre 9 et 13 € / 100 km
Autrement dit : l’hydrogène, dans ces conditions, est structurellement plus cher que toutes les alternatives sans incetives chauffeurs.
Cette conclusion pose mécaniquement la question de :
- la rentabilité pour les chauffeurs à moyen/long terme.
- la compétitivité face aux autres motorisations
- et, à terme, la valeur résiduelle des véhicules
Un modèle qui, à ce stade, reste largement dépendant de mécanismes de soutien et qui peine à démontrer sa viabilité sans subventions.
Derrière l’innovation, un modèle socialement destructeur
Ce que refuse la profession, ce n’est pas l’innovation dont elle a toujours été à la pointe. Ce que refusent les taxis, c’est l’utilisation de l’innovation comme cheval de Troie pour contourner les règles.
Uber continue de se présenter comme un acteur de la « mobilité du futur ». Mais les fondamentaux de son modèle restent inchangés.
Le communiqué de la profession rappelle des éléments particulièrement préoccupants :
- une plainte pour traite d’êtres humains visant Uber Eats
- des pratiques massives de contournement des règles
- un contentieux URSSAF de 1,7 milliard d’euros
Ce n’est pas une dérive isolée. C’est un modèle économique construit sur :
- la réduction des coûts sociaux
- la pression sur les revenus
- et une concurrence déséquilibrée
Résultat :
- précarisation des chauffeurs
- affaiblissement du cadre réglementé
- pertes pour les finances publiques
Évolution des commissions VTC
Une pression croissante sur les revenus des chauffeurs
Des contentieux qui ne peuvent être ignorés
La CFTC Taxis considère également qu’un débat sérieux sur ce rapprochement ne peut pas ignorer le contexte social et judiciaire qui entoure les acteurs concernés.
Uber Eats et Deliveroo sont visés par une plainte pour traite d’êtres humains déposée par plusieurs associations, dans un dossier portant sur les conditions de travail des livreurs. Par ailleurs, l’URSSAF réclame à Uber 1,7 milliard d’euros dans un contentieux relatif aux cotisations sociales. Ces éléments ne relèvent pas du détail : ils interrogent directement le modèle social des plateformes.
Hysetco n’est pas davantage un acteur neutre pour la CFTC. Des contentieux sociaux opposent la CFTC à Hysetco, et ils doivent être regardés avec sérieux au moment même où l’entreprise est présentée comme un partenaire structurant de la mobilité de demain.
Quant aux actionnaires de Hysetco, ils ne peuvent pas se limiter à une position de retrait en affirmant ne pas pouvoir s’ingérer dans la gestion opérationnelle. Lorsqu’on soutient financièrement et stratégiquement un modèle, on porte aussi une responsabilité sur ses orientations sociales, industrielles et éthiques.
La responsabilité des consommateurs
La CFTC Taxis appelle également les consommateurs à mesurer la portée de leurs choix.
Choisir un mode de transport, ce n’est pas seulement choisir un prix. C’est aussi choisir le modèle social, économique et réglementaire que l’on souhaite soutenir.
Des prix artificiellement bas peuvent sembler avantageux à court terme. Mais lorsqu’ils reposent sur des équilibres non viables, ils produisent toujours les mêmes effets : fragilisation des professionnels, disparition des acteurs régulés, concentration du marché, puis hausse des prix une fois la concurrence affaiblie.
Par conséquent, le débat ne porte pas sur une opposition entre modernité et tradition.
Il porte sur une question beaucoup plus simple : voulons-nous une mobilité régulée, transparente et protectrice, ou une mobilité pilotée par des plateformes qui fixent seules les règles du marché ?
Pour la CFTC Taxis, la réponse est claire : Les taxis ne feront pas entrer le loup dans la bergerie.
CFTC Taxis
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