TAXIS :

Un choc pétrolier qui ne porte pas son nom, et le taxi parmi les grands oubliés !

30 MARS 2026

Illustration CFTC Taxis

La crise est là, mais personne n’ose la nommer vraiment…

 

Depuis plusieurs semaines, les prix du carburant repartent à la hausse, les tensions géopolitiques s’intensifient et les premiers mouvements sociaux apparaissent dans le transport routier. Tous les signaux sont réunis. Pourtant, aucune reconnaissance officielle d’un choc énergétique. Et pour cause : ce choc pétrolier avance sans déclaration et étrangle petit à petit les professionnels dépendants de leur véhicules : routiers, ambulanciers, et les oubliés, ceux que notre organisation représente, les taxis.

Sur le terrain, la réalité est pourtant bien tangible. Comme lors des crises des années 1970, la hausse brutale du coût de l’énergie se diffuse dans toute l’économie.

 

À l’époque, elle avait provoqué inflation, ralentissement économique et fragilisation de nombreux secteurs. Aujourd’hui, les mécanismes sont les mêmes, mais la réponse semble plus hésitante, plus fragmentée, et surtout inégale selon les professions.

Ministre des transports sur x

Face à la situation, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour les acteurs du transport. Reports de charges, facilités de trésorerie, adaptation des indices gazole : autant de dispositifs destinés à amortir le choc. Dans le même temps, le ministre chargé des Transports a explicitement demandé aux plateformes de VTC d’adapter les prix des courses afin de préserver les revenus des chauffeurs. Une demande qui, en creux, reconnaît une évidence économique : lorsque le carburant augmente, les prix doivent suivre.

Mais cette logique s’arrête aux portes du taxi.

Car les taxis, eux, ne peuvent pas ajuster leurs tarifs librement. Le cadre réglementaire est strict. Modifier un tarif suppose une décision administrative, une mise à jour du taximètre, et un coût technique d’environ 90 euros par véhicule. Autant dire que toute adaptation rapide est impossible. Là où certains peuvent répercuter la hausse, les taxis sont contraints de l’absorber.

Cette situation serait déjà difficile en temps normal. Elle devient critique dans le contexte actuel. D’autant plus que la profession sort à peine d’une période particulièrement éprouvante. La nouvelle convention avec l’Assurance maladie a fragilisé de nombreux équilibres économiques. Pour certains, les marges se sont réduites, les revenus ont baissé, et les trésoreries ont été mises à rude épreuve.

Aujourd’hui, la hausse du carburant agit comme un accélérateur de crise. Ce n’est plus seulement une difficulté conjoncturelle, mais un facteur de basculement. Des professionnels qui avaient déjà touché le fond se retrouvent à nouveau fragilisés, parfois au point de remettre en cause la viabilité même de leur activité : la nouvelle convention de la CPAM, concurrence sauvage et déloyale des VTC…

Cette situation s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement instable. Malgré des annonces parfois contradictoires, notamment du président américain évoquant une fin imminente du conflit, la réalité observée sur le terrain est toute autre : la guerre s’intensifie de jour en jour. De nombreux experts s’accordent à dire qu’elle s’inscrit dans la durée, et que ses conséquences économiques, en particulier sur les prix de l’énergie, vont durablement peser sur les acteurs économiques.

 

Analyse carburant

Le niveau actuel du gazole s’inscrit dans un vrai choc pétrolier

Lecture éditoriale en euros 2026 pour comparer les grands épisodes de tension pétrolière. Le point 2026 intègre le record hebdomadaire à 2,1888 €/L.

Série des chocs pétroliers rebasée en € 2026 Point actuel 2026
2,00 € 2,10 € 2,20 € 2,30 € 2,40 € Seuil 2,00 €/L 2,25 € 2,30 € 2,13 € 2,29 € 2,1888 € 1973–1974 1er choc pétrolier 1979–1980 2e choc pétrolier 2008 pic financier 2022 Ukraine énergie Mars 2026 record France Prix du gazole (€/L, rebasé en euros 2026)
3 scénarios du conflit → 3 niveaux de prix du gazole
Conflit contenu
Tensions maîtrisées, flux pétroliers maintenus
1,90 € – 2,20 €/L
Tension durable
Guerre qui s’installe, perturbations logistiques
2,10 € – 2,50 €/L
Rupture majeure
Blocage des flux (Ormuz, infrastructures)
2,50 € – 3,00 €+/L

L’histoire récente montre que ces chocs ne sont ni inédits, ni anodins, par conséquent, il s’agit bel et bien d’un choc pétrolier. Lors du premier choc de 1973, le prix du baril a été multiplié par quatre en quelques mois, ce qui correspond, en euros constants actuels, à un carburant qui dépasserait largement les 2 € par litre. Le second choc de 1979 a encore accentué cette pression, avec des niveaux équivalents, voire supérieurs, en termes de pouvoir d’achat.

Un des chauffeurs les plus anciens que nous avons contacté, et qui a traversé le choc pétrolier de 1979, évoquent des heures d’attente interminables. Certains, déterminés à maintenir leur activité, allaient jusqu’à suivre les bus, dans l’espoir de récupérer un client ayant manqué le sien, comparant cet épisode à  la crise du COVID et le confinement.

Plus récemment, la crise de 2008 a vu le baril atteindre près de 147 dollars, soit un niveau qui correspondrait aujourd’hui à un carburant avoisinant également les 2 € le litre en équivalent constant. Enfin, la crise énergétique récente, déclenchée notamment par la guerre en Ukraine, a conduit à des prix à la pompe dépassant ponctuellement les 2,10 € en France en 2022.

Ces repères montrent une chose simple : lorsque ces seuils sont atteints ou dépassés, les conséquences économiques sont majeures et durables. Nous ne sommes donc pas face à une fluctuation classique, mais bien dans un cycle de choc énergétique comparable à ceux qui ont profondément déstabilisé l’économie.

Dans ce contexte, la réponse publique apparaît insuffisante et, surtout, inadaptée aux spécificités du secteur. Car si l’on reconnaît la nécessité d’ajuster les prix pour les VTC, si l’on facilite la répercussion des coûts pour le transport routier, alors il faut aussi apporter une solution aux taxis, qui n’ont pas cette liberté.

Au regard des dispositifs annoncés par les pouvoirs publics pour faire face à la crise énergétique, notamment les plans de soutien à l’activité économique, force est de constater que les taxis restent en marge des réponses structurelles. Or, la situation appelle des mesures ciblées, lisibles et immédiatement activables, et non des dispositifs temporaires ou partiels qui s’apparentent à des solutions de court terme.

Dans ce contexte, l’absence de réponse adaptée fait monter une tension réelle sur le terrain. Les professionnels s’organisent, les échanges entre organisations se multiplient, et les perspectives d’actions concertées deviennent de plus en plus concrètes. Sans écoute réelle et sans mesures structurelles, le risque de mouvements sociaux d’ampleur ne peut être écarté. Il ne s’agit pas d’une posture, mais d’un signal d’alerte : lorsque les conditions économiques ne permettent plus de travailler dignement, la mobilisation devient un levier inévitable.

La CFTC Taxis défend une première mesure simple et immédiatement applicable : une augmentation nationale de la prise en charge de 1 euro.

Cette évolution ne résoudra pas l’ensemble des difficultés, mais elle constitue un levier concret pour redonner un peu d’oxygène aux professionnels et leur permettre de traverser cette période.

Au fond, la question posée par cette crise est celle de l’équité. Peut-on accepter que, face à un même choc énergétique, certains secteurs disposent d’outils pour s’adapter quand d’autres doivent en supporter seuls les conséquences ?

Ne pas nommer la crise ne la fait pas disparaître. Elle est déjà là, visible dans les comptes d’exploitation, dans les pleins de carburant, dans les inquiétudes qui montent sur le terrain.

Oui, nous vivons un choc pétrolier.
Et il est temps que les taxis et les professionnels qui respectent la loi ne soient plus les oubliés de ce choc.

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